Elle flambe un million
avr 4th, 2007 by admin
Clotilde Bérubé est malade, mais sa maladie ne l’empêche pas de bouger. La dame de 58 ans est une joueuse compulsive et cette pulsion malsaine lui a fait flamber plus d’un million de dollars au Casino du Lac-Leamy.
«Au début, c’était un jeu, mais j’ai fini par perdre le contrôle. Je ne pensais jamais que j’allais devenir une esclave du jeu», raconte Mme Bérubé en entrevue au Journal.
La joueuse compulsive a décidé de parler de son expérience dans les casinos à la suite de la parution du livre de l’ex-croupière Éléonore Mainguy, Les jeux sont faits, qui accuse Loto-Québec d’entraîner ses croupiers à vider les poches de sa clientèle.
C’est le décès tragique de son mari qui a fait basculer le destin de cette avocate de formation en 1996. Anéantie par le deuil, la dame a trouvé refuge dans le divertissement et elle a commencé à visiter quotidiennement le casino de l’Outaouais.
«Je me rendais au casino en pleurant. Arrivée là, j’étais une autre personne. J’oubliais tout. Je partais vers 11 h. Je passais l’après-midi et j’allais chercher ma fille vers 17 h. Je soupais et je retournais au casino vers 20 h. J’ai fait ça tous les jours pendant cinq ans. Je ne pensais pas qu’on pouvait tomber malade du jeu, mais le casino était une béquille.»
Personne aisée
Et Mme Bérubé avait les reins financiers assez solides pour miser fort. Le succès professionnel d’elle et de son mari leur avait permis de vivre dans un quartier cossu d’Ottawa et d’acheter huit autres propriétés dans la région de la Capitale nationale.
«Je traînais toujours 20 000 $ ou 25 000 $ d’argent comptant dans ma sacoche. […] J’ai déjà misé 10 000 $ d’un coup au grand baccara», ajoute Clotilde Bérubé, qui vit maintenant dans un village de l’Outaouais.
Au fil de ses années de jeu, Clotilde Bérubé a perdu toutes ses maisons et épuisé ses économies. Mais elle n’est pas sans le sou puisqu’elle reçoit une pension de veuve.
«Le jeu pathologique est pire que l’alcoolisme. Quand tu bois trop, tu finis par tomber après avoir bu un 40 onces. Le jeu est plus hypocrite, plus sournois. On a toute notre tête -c’est du moins ce que l’on pense- et rien ne nous arrête de jouer. Le corps continue comme une machine.»
Traitement VIP
Ses habitudes de jeu ont également évolué avec le temps. Des jeux de cartes aux tables, elle est passée aux machines à sous. Et comme elle était une bonne cliente, elle avait accès au salon des hautes mises et aux attentions spéciales réservées aux gros joueurs de casinos québécois.
«J’étais une cliente VIP. On payait tous mes repas. J’ai reçu plusieurs week-ends de ski à Mont-Tremblant en cadeau. Loto-Québec a également payé pour célébrer l’anniversaire de mes enfants sur un bateau avec tous leurs amis. On s’est rendus jusqu’à Montebello et on pouvait jouer au golf ou faire de l’équitation.»
Si aujourd’hui, elle ne fréquente plus les casinos québécois, Mme Bérubé n’est pas guérie pour autant.
«J’ai fait trois ou quatre thérapies qui n’ont rien donné. C’est comme une drogue. Ce que j’ai trouvé comme compromis, c’est que je me rends aux États-Unis une fois aux deux mois. Je dépense 500 $ et je joue au poker. Je me déteste de faire ça, mais j’en ai besoin.»
En guerre contre la loterie vidéo
Après avoir tenté sans succès de faire fermer les casinos québécois, Clotilde Bérubé va déposer lundi prochain une injonction réclamant le retrait des 13 500 appareils de loterie vidéo (ALV).
La dame de 58 ans déposera une demande d’injonction en ce sens au Palais de justice de Montréal. Elle soutient avoir perdu 30 000 $ en un an dans ces appareils.
Après son exclusion du casino de Gatineau en 2003, Mme Bérubé s’est mise à jouer sur ces machines. «J’engloutissais des 2 000 $ ou 3 000 $ et ça ne payait pas. J’ai fini par laisser tomber, mais je me suis dit qu’il fallait faire quelque chose.»
Des montants dérisoires
«Les fameux gros lots […] ne consistent qu’en des montants dérisoires dont le maximum de 500 $ ne rencontre en aucune manière les normes de l’industrie en général», argumente-t-elle dans le document de cour.
Mme Bérubé réclame le retrait des ALV et, par ricochet, l’abandon du projet d’ouverture de quatre salons de jeu. Elle demande également un dédommagement de 99 000 $.
L’avocate n’en est pas à ses premiers affrontements avec Loto-Québec. L’an dernier, la Cour suprême a rejeté sa demande d’appel concernant la légalité des maisons de jeu au Canada.
Selon le rapport annuel 2006 de Loto-Québec, les ALV lui ont rapporté 860,4 M$ en profits. (source:http://www2.canoe.com/infos/societe/archives/2007/03/20070317-103700.html)